Conseil Municipal du 22 mars 2019 : liminaires d’Isabelle HARDY

Monsieur le Maire, chers collègues,

Depuis 19 semaines les conseils municipaux qui ont eu lieu se ressemblent, depuis 19 semaines ils précèdent un samedi dont on sait qu’il sera fait de revendications légitimes, et malheureusement qu’il se terminera par des violences et des exactions de personnes qui souhaitent faire tomber notre République et que nous condamnons.

Et depuis 19 semaines vous n’avez jamais répondu à cette colère, vous n’avez pas proposé de réponses aux attentes légitimes des toulousaines et des toulousains.

Pas plus que vous ne l’avez fait d’ailleurs lors des manifestations sur la loi travail, celles contre la privatisation de la SNCF ou encore celle toute récente sur le pouvoir d’achat  qui a pourtant fédéré autant de personnes qu’un samedi.

Emmanuel Macron lui, en jouant au chat et à la souris avec les gilets jaunes, en mettant en place uniquement des mesures de répression, en interdisant les manifestations sur certains lieux, joue un jeu dangereux. Il semble que vous soyez satisfait de ces réponses, nous n’avons pas les mêmes, car un régime  qui ne trouve une issue  que dans le discours sécuritaire, dans le climat de peur, dans la stigmatisation, bien souvent en faisant des amalgames, fait le lit de celles et ceux qui ont une idéologie totalitaire.

Nous croyons qu’il faut répondre par plus de justice sociale, de justice fiscale, plus de reconnaissance des laisser pour compte, plus de puissance publique  pour défendre l’intérêt général, plus de service public pour que l’égalité ait un réel sens dans notre République.

A Toulouse c’est également ce que nous appelons de nos vœux mais aujourd’hui, force est de constater que nous sommes rentrés dans un ère totalement dédiée à la communication pour faire oublier que bien souvent les priorités sont en inadéquation avec la réalité des attentes et des besoins des toulousaines et des toulousains.

En matière de mobilité par exemple, le mirage de la 3ème ligne de métro, cette ligne qui est déjà affichée dans le moindre détail dans les lignes A et B, qui apparaît dans les argumentaires commerciaux des agences immobilières, des promoteurs, des porteurs de projet, comme si elle était en activité alors que nous n’avons pas encore eu la concertation avec la commission d’enquête prévue au mieux au mois de juin.

Par la communication vous tentez de faire oublier qu’elle s’effrite depuis le rapport de la chambre Régionale des comptes sur la gestion des 3 organismes de Tisseo (collectivités, voyageurs et ingéniérie).

On sent bien qu’au fil des semaines, les décisions sont prises dans une certaine effervescence, accompagnées par une communication de plus en plus forte.

Que se cache-t-il derrière cette agitation ? Le rapport définitif de la Chambre régionale des comptes nous éclaire :

– Le directeur du SMTC a démissionné au printemps 2018 alors que les observations provisoires des magistrats étaient déjà connues et certaines irrégularités étaient déjà pointées du doigt par la Chambre.

– Le président du conseil scientifique de Tisséo a également démissionné en novembre 2018, alors que le rapport de la Chambre régionale des comptes note des irrégularités graves dans les marchés passés entre l’entreprise EGIS et Tisséo. Le président du Conseil scientifique appartenait au conseil d’administration d’EGIS, ce que la Chambre avait identifié comme un risque de conflits d’intérêts. La nomination de ce président du conseil scientifique aurait mérité plus d’éthique et de neutralité.

– La commission d’enquête pour la 3ème ligne de métro a pris un retard de quelques mois. Elle se tiendra au mieux au début de la période estivale, au pire en période pré-électorale pour les municipales de 2020. La raison de ce retard ? une remarque de la Chambre concernant un appel d’offre pour la maîtrise d’œuvre des infrastructures pour le moins litigieux, qui a contraint Tisséo à l’annuler.

– Enfin, dernier élément, et non des moindres, le rapport de la Chambre affirme la non-soutenabilité du financement de la 3ème ligne du métro. D’autres avant elle, comme la commission d’enquête du PDU, certaines collectivités, le CODEV, des associations, les élus de  l’opposition, émettaient déjà des doutes sur la crédibilité du plan de financement de ce projet de mobilité.  Les conclusions de la Chambre crédibilisent cette analyse, en remettant en cause à la fois les délais de construction, la faculté de la 3ème ligne à répondre aux enjeux de mobilité de notre territoire et la capacité de financement de Tisséo.

Point positif, à ceux qui doutent aujourd’hui de la République, on peut affirmer que notre système de contrôle et d’évaluation des politiques publiques fonctionne. Ce rapport de la Chambre régionale des comptes permet de rappeler qu’il ne faut pas confondre la communication outrancière avec la responsabilité, la transparence et l’éthique.

 Autre exemple qui va sur bien des points à l’ordre du jour nous occuper aujourd’hui est celui de l’urbanisme.

 Votre politique en matière d’urbanisme, dont l’accélération en matière de communication donne déjà un air de campagne électorale, se décline autour de dispositifs qui tentent de masquer un manque de vision.

Là encore, que se cache-t-il derrière ces spots publicitaires qui passent en boucle sur les chaines de Télévision nationales ? Derrière ce slogan « Dessine-moi Toulouse » affichant des travaux idéalisés par des images de synthèse ? Derrière le plan guide et ses beaux objectifs ? Derrière ces annonces foisonnantes de projets qui ne sont pas encore réalisés mais surtout pas débattus et encore moins co-construits avec les habitants ?

On peut faire référence à la  « Tour Occitanie» qui se pavane dans tous les documents publicitaires alors que là aussi la commission d’enquête sur TESO qui vous a été imposée commence bientôt, ou au projet de privatisation de la place de l’Europe pour un campus et un hôtel privés…

Mais ce n’est pas uniquement un problème de démocratie, le plus grave, et le plus impactant sur la ville et sa façon de fonctionner, c’est l’absence totale de vision et de prospective sur le projet urbain. Tout est fait au coup par coup, par opportunisme et non guidé par une stratégie cohérente.

On retrouve cette incohérence dans l’affichage de votre volonté  d’une ville à densité modérée, et pourtant modérée à certains endroits et hyper denses à d’autres comme à Sauzelong, une ville végétalisée parfois, et dévégétalisée pour être bétonnée comme à Papus, une ville exemplaire en matière de logement social, mais plutôt dans les quartiers les moins agréables et surtout pas dans les réalisations à vos yeux emblématiques.

Incohérence enfin, car les exemples sont tellement nombreux, que je ne serai pas exhaustive, dans la poursuite du projet de Johann Busquets de réaménagement du centre-ville : exit le projet structurant des boulevards, la cohérence de l’axe Matabiau/Dupuy, place aux opérateurs de parking qui guident la réalisation de l’esplanade Jean-Jaurès dont vous-même avez des doutes et des craintes en termes d’usage. Place à des projets de piétonisation de bric et de broc comme c’est le cas pour la place Belfort, dont, si on peut toujours se féliciter de la suppression de la circulation de transit, on ne voit pas la cohérence.

Alors pour pallier le manque de vision, c’est aux opérateurs privés que vous confiez l’avenir urbanistique de la ville. L’illustration en est faite par « Dessine-moi Toulouse ».

Un intitulé fort sympathique au demeurant. Le tutoiement est  convivial, le global du « Toulouse » plutôt que «  des projets  pour Toulouse », laisse entendre une cohérence, et le petit plus, la  référence au Petit Prince apporte le brin de poésie qui fait rêver… Oui, mais on est dans une communication qui n’est pas le reflet de la réalité, qui est toute autre.

A travers ce concours, vous vous défaussez de votre rôle d’aménageur urbain en confiant à des opérateurs privés, dont les compétences qui sont avérées, je ne remettrai pas en cause leur professionnalisme,…dont les compétences donc  ne peuvent pas substituer à la puissance publique.

Alors oui,  nous avons joué le jeu et nous avons participé aux ateliers de « Dessine-moi Toulouse » afin d’apporter nos contributions aux futurs projets. Mais je le regrette, ce fut une déception ! Sous le vocable, « de nouveaux modèles économiques viables »   c’est bien la recherche de financeurs qui a pris le pas sur la recherche de projets répondant aux intérêts, aux attentes  des toulousaines et toulousains dans leur diversité.

Et puis, on a vu les règles du jeu changer en cours de discussions, notamment sur le projet du petit palais des sports et plus globalement sur le site de Compans…nous y reviendrons pendant ce conseil.

Quant à la concertation, la démarche « participative » que vous nous aviez vendue, a été dans bien des cas une mascarade qui n’a pu être camouflée par de la com ! C’est dommage.

Bref, à partir de concours à idées, d’appels à manifestations d’intérêt, d’appels d’offres, de ventes directes pilotées par certains opérateurs, par la vente de terrains ou de patrimoines qui pourraient faire l’objet de projets pilotés par la collectivité, émergent ça et là une multitude de projets, sans cadre et sans vision globale.

Or nous avons tellement besoin d’une réelle implication de la puissance publique en amont des projets, de réflexion collective avec les citoyens, les partenaires et acteurs concernés, d’une véritable co-construction. C’est fondamental pour fixer des objectifs ambitieux et cohérents, et les atteindre ! en matière d’équipements publics, d’habitat, d’usage partagé de l’espace public (piétons, vélos, habitants, touristes), en matière de commerce et d’économie….

Vous jouez au promoteur immobilier, alors que vous devriez assumer  votre rôle de puissance publique et votre responsabilité d’aménageur du bien public que constitue la ville.

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