Retour sur Conseil Municipal du 19 octobre 2018

Une autosatisfaction mal venue

Pour ce 3ème Conseil Municipal de l’année, dont l’ordre du jour comprenait 166 délibérations, l’opposition municipale a, une fois encore, décidé de parler d’une seule et même voix sur les principaux sujets : le débat d’orientation budgétaire, le rapport sur le développement durable, les services publics via le Projet Educatif de Territoire et le personnel de la Ville de Toulouse.

Non au mélange des genres

Avant d’aborder l’ordre du jour, Isabelle Hardy, Présidente du Groupe Génération.s, Socialisme et Ecologie, a posé une question simple : Dans quelle ville voulons-nous vivre demain : une ville libérale et privatisée, accessible uniquement aux plus riches, ou une ville solidaire, ouverte, inclusive, respectueuse de l’environnement ?

Elle a interpellé le Maire sur sa vision de la ville en notant le décalage entre son satisfécit sur ses politiques publiques et le quotidien des Toulousaines et des Toulousains. Les opérations de communication à tout va, l’urbanisme d’opportunisme piloté par quelques acteurs privés, vont à l’encontre de l’intérêt général qui devrait pourtant être le fil rouge de toute prise de décision politique. Le mélange des genres tel qu’il est apparu lors de l’opération Toulouse 2030 sur la place du Capitole il y a quelques jours est symptomatique. Cet évènement à 100 % privé a été encouragé et revendiqué par la Municipalité qui a mis à disposition de nombreux moyens. Pendant ce temps, les Toulousaines et les Toulousains constatent et subissent quotidiennement la dégradation des services publics, le non remplacement du personnel épuisé, la suppression d’assistantes maternelles municipales …

« Nous n’avons pas la même vision la ville » a-t-elle déclaré. « Quand la droite rêve d’une ville privatisée, la gauche défend les services publics, qui sont le patrimoine de ceux qui n’en n’ont pas. Selon le slogan de la Mairie, Toulouse a tout ! Oui, mais que reste-t-il pour les Toulousains ? Une hausse des impôts, une baisse des services publics, de la pollution et des bouchons !! Pas de quoi être fier. »

Trop de personnes à la rue

Toulouse connait un problème important en matière d’hébergement d’urgence. De plus en plus de personnes, de familles avec enfants, sont à la rue. Claude Touchefeua déploré que le Maire ne prenne pas la mesure de cette situation dramatique due notamment à l’arrêt brutal, cet été, des aides financières de l’État pour les nuitées d’hôtel.

De fait, près de 500 personnes en situation précaire ont été mises dehors.

Elle a constaté que rien ne se passe sur le terrain malgré de nombreuses annonces et a regretté que l’on passe de solutions d’hébergement pérenne à une simple mise à l’abri ponctuelle. Elle a exhorté la municipalité à augmenter les moyens humains et financiers alloués au Centre Communal d’Actions Sociales pour qu’il puisse répondre qualitativement et quantitativement à la situation dramatique des trop nombreuses familles qui vivent à même le trottoir dans notre ville.

Devant l’urgence de la situation, Claude Touchefeu a invité le Maire à écrire au nouveau Ministre de l’Intérieur pour lui demander une rallonge budgétaire afin d’assurer une meilleure prise en charge de ces populations. Elle a suggéré de faire signer ce courrier par l’ensemble des élus du Conseil Municipal.

Rapport sur le développement durable : des objectifs ambitieux mais pas d’orientation à la hauteur de cette ambition

Pierre Cohen, au nom de l’opposition municipale, a réagi au rapport sur le développement durable. S’il en a reconnu la valeur pédagogique et l’importance tant sur la forme que sur le fond, il a noté l’autosatisfaction qui transpire tout au long du document.

Alors que les climato-sceptiques continuent de nier le réchauffement de la planète à travers des discours souverainistes et populistes, il a rappelé que, plus que jamais, il faut travailler avec humilité et convictions sur le défi climatique. Les composantes du développement durable doivent être prises en compte dès le débat d’orientation budgétaire, tant elles sont incontournables. La puissance publique doit prendre toute sa place dans des politiques volontaristes : beaucoup de leviers pour éviter les dégradations climatiques dépendent des politiques territoriales mises en place par les collectivités. Pierre Cohen a fait référence au récent rapport du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) qui note que si la situation est grave, elle n’est pas désespérée à condition que les bonnes mesures soient prises d’urgence.

« Oui, il faut agir vite car malgré les mesures déjà engagées, la situation est préoccupante. » a-t-il alerté. « Ainsi, au rythme actuel, le monde risque de connaître une hausse des températures de 1,5 °C  entre 2030 et 2052. »

Enfin Pierre Cohen a regretté que les objectifs ambitieux fixés dans ce rapport ne soient pas accompagnées des orientations à la hauteur de cette ambition. Ainsi comment atteindre une baisse de 40 % des gaz à effet de serre d’ici 2030 quand on constate qu’ils n’ont fait que progresser depuis 2015  ? On ne favorise pas le retour de la voiture en centre-ville sans conséquence.

Une politique culturelle sans saveur

Vincentella de Comarmond a regretté que la Ville, qui était pionnière et innovante en matière de politique culturelle, manque à ce point d’ambition. « Il n’y a pas de vision d’ensemble, pas d’avancée majeure depuis 2014, pas de plan d’action pluriannuel, pas de politique concertée, pas de visibilité sur des projets culturels d’importance et dans les quartiers. » a-t-elle déploré.  « La culture se limite à des appels à projets à court terme ! » Elle a noté, une fois de plus, la baisse des subventions aux associations (-4% pour ce Conseil Municipal) et la stagnation des dispositifs culturels existants comme le Parcours culturel gratuit qui s’adresse aux élèves des écoles toulousaines.

Vincentella de Comarmond a également souhaité savoir où en était le « Lieu Z ». Ce projet, destiné à exposer les œuvres du photographe Jean Dieuzaide, avait été annoncé en début de mandat à grand renfort de communication mais n’a toujours pas vu le jour.

La Machine : le retour de l’art de la rue à Toulouse

Les élu.e.s du Groupe Génération.s, Ecologie et Socialisme ont félicité le Maire d’être revenu sur ses réticences initiales concernant le projet de La Machine lancé sous la mandature de Pierre Cohen et de l’avoir finalement mené à bien. Il est utile de rappeler que Jean-Luc Moudenc avait, dans ses promesses de campagne en 2014, annoncé qu’il y mettrait fin !

L’arrivée de la Machine, au-delà de l’effet spectaculaire du Minotaure qui va sillonner les rues, signe le retour de l’art de la rue à Toulouse. C’est un événement qui a du sens, qui  fait appel à l’imaginaire et à l’onirique, qui investit l’espace public,  qui concerne tout à la fois le théâtre, l’urbanisme et l’architecture. Le Minotaure de François Delarozières sera sans aucun doute un événement sans précédent, fédérateur, populaire, créatif et innovant.  Mais il faudra veiller à ce que tout le monde soit de la fête.

Les élu.e.s Génération.s espèrent que la machine et le Minotaure apporteront du souffle à la culture urbaine toulousaine qui en a bien besoin.

Toujours le flou …

Lors du Conseil Métropolitain du 4 octobre, Claude Touchefeu et Pierre Cohen avaient demandé des explications sur la volonté de la collectivité de construire un accès et un parking tout près du futur complexe de cinéma de Basso Cambo, le tout pour 1,8 millions d’Euros. Il leur avait été répondu que ces travaux n’avaient aucun rapport direct avec le cinéma.

Constatant que pas moins de 3 délibérations traitant de ce même sujet étaient à l’ordre du jour de ce Conseil Municipal, Claude Touchefeu et Pierre Cohen ont donc redemandé des précisons. Devant l’évidence, la majorité a dû reconnaitre que la création des places de parkings par la puissance publique était liée à la construction du complexe.

Ce cas précis illustre parfaitement le mélange des genres déjà dénoncé.

Assistons-nous une fois de plus à l’émergence d’un projet piloté par un « urbanisme d’opportunisme » ?

Suite … mais pas fin