Politique de la ville : un coup d’épée dans l’eau

Le 26 avril, Jean-Louis Borloo a remis au Premier ministre le rapport sur la politique de la ville que lui avait demandé Emmanuel Macron en novembre 2017. Le rapport  appelle à « un changement radical dans la conduite de l’action publique » à travers 19 mesures pour « faire revenir la République » dans les quartiers. L’ancien ministre de la Ville demande notamment de relancer la « rénovation urbaine », d’« investir dans la petite enfance », d’« agir fermement pour la sécurité et la justice », de « lutter contre l’illettrisme » et de créer « 200 campus numériques ». Le financement se ferait par la création d’un fonds de plus de 5 milliards d’euros abondé notamment par « la cession des participations de l’État en 2018 » (10 milliards annoncés).

Le 22 mai, le Président de la République a rendu son verdict : il n’y aura pas de plan banlieues, tout au plus quelques mesurettes non chiffrées et un appel aux grandes entreprises pour « prendre leur part » dans la lutte contre le chômage dans les quartiers pauvres. Aucun cadre contraignant n’étant envisagé, on peut s’attendre à ce qu’aucun résultat probant ne soit enregistré.

 Sans être révolutionnaire, le plan Borloo présentait pourtant quelques pistes intéressantes. Elles appelaient un ré-investissement fort de l’action publique, de l’Etat comme des mairies, alors que toute l’action du gouvernement va vers moins de service public, moins de fonctionnaires et une baisse drastique des moyens des collectivités.

Le constat de Jean Louis Borloo est sévère, mais lucide. Le même bilan peut être dressé à Toulouse :
« Les correctifs mis en place il y a plus de 10 ans se sont étiolés et estompés : la rénovation urbaine s’est totalement arrêtée depuis 4 ans, le programme de réussite éducative baisse, les zones franches urbaines ont été vidées de leur substance, le fonds de cohésion sociale a quasiment disparu, le soutien à l’apprentissage et le plan de services à la personne ont été très réduits, des contrats aidés qu’on devrait qualifier d’aidants ont été divisés par quatre, des adultes relais moins nombreux… »

Pourtant, le maire de Toulouse, qui a déclaré gérer lui-même en personne la politique de la Ville, s’est fait fort discret pour contester ce manque d’ambition nationale. Au contraire, il soutient, comme toujours, la politique gouvernementale.
La politique municipale a eu sa propre part d’abandons et de reculs, tant dans les programmes de rénovation urbaine que dans les politiques sociales. On peut citer le non-remplacement du projet phare de la maison de l’image à Reynerie, le manque  d’anticipation sur les prochaines étapes de rénovation dans l’ensemble des quartiers concernés, la baisse de l’accompagnement des associations, la fin de la gratuité de la cantine et l’augmentation générale des tarifs des services municipaux… Autant de mesures qui ne facilitent pas la vie dans ces quartiers et qui rendent la confiance en l’avenir difficile, nourrissant rancunes et frustrations.

Et si l’arrivée de la police du « quotidien » est certainement une bonne chose, elle ne peut certainement pas être LA réponse dans ces quartiers qui souffrent en mode zoom de tous les maux de notre société : chômage de masse, développement de la consommation et du trafic de stupéfiants, repli sur soi et communautarisme…

Nos quartiers ont besoin d’un investissement permanent, en matière de travaux de rénovation, mais surtout en termes d’implication humaine. C’est la seule réponse que l’on peut apporter à cette rupture républicaine qui gangrène notre société.
Qui n’avance pas recule.
Aujourd’hui, malheureusement, nous reculons…